1er Album : Du rire aux larmes : Premier album des compéres "du rire aux larmes".
Sniper tire et vise juste avec cet album, autant aux accents de fêtes que revendicatifs,
comme l'indique le titre: Du rire aux larmes.
La volonté d'offrir au public un large éventail de thèmes, tous traités
avec justesse et finesse, témoigne d'une ouverture d'esprit et d'une
maturité rare chez un si jeune groupe. Car pour en arriver là, les
quatre tireurs d'élites ont gravit les échelons à vitesse grand V.
Formé il y a deux-trois ans, le quatuor a fait son trou dans le milieu par
des apparitions sur une mix-tape du maître Cut Killer, en posant sur le
premier volume des sessions Première classe et surtout via la compil BOSS volume 1 et le titre réalisé pour l'occasion: Exercice de style.
Ils
imposent ainsi un style particulier: le flow incisif et pointu des deux
rappeurs Aketo et El Tunisiano, soutenu par une écriture subtile
mettant en valeur un jeu d'allitération, ce qui contraste
magnifiquement avec la touche raggaapporté aux détours d'une rime ou sur des refrains par le Black Renega.
DJ Boudj s'en donne à coeur joie pour placer des scratchs bien contrôlés
tout au long de l'album tandis que les prods sont assurés par Desh ou
Eben, qui livrent un éventail de sons créatifs, sur lesquels s'adaptent
sans complexes et sans difficultés les Sniper.
Passons maintenant plus en détails au contenu proprement dit de cet album, qui
mérite vraiment qu'on s'y arrête. Après un intro classique, reprenant
des samples de divers artistes illustrant le titre de l'album ainsi que
des samples des diverses apparitions du groupe, le premier titre
installe le groupe de manière définitive en définissant le Sniper processus.
Puis, c'est l'engament politique qui prend le dessus pour dénoncer le délit
de faciès et les préjugés qui pourrissent la vie de tant de gens dans
les cités et ailleurs. Ce morceau intitulé Pris pour cible,
avec son refrain ragga tout en puissance qui s'immisce parfaitement
entre les phases hip-hop, est un modèle de réussite artistique, tant du
point de vue esthétique que sur le contenu.
Puis suit un autre titre, peut-être encore plus réussi, selon un concept assez original:
chaque rappeur se relaie pour relater un évènement ou une situation
dont il a entendu parler, sans refrain mais avec des poses ragga au
sein même des couplets, et une conclusion finale dont je vous laisse
apprécier la finesse par vous-même.
Après les discours à portée plus sociale, le délire prend place avec le Crew est de sortie,
récit d'une soirée où ambiance alcoolisée, joints qu'on fait tourner et
jolies filles se côtoient. Mais pourtant, alors que le crew semblait de
nouveau parti pour faire la fête sur la piste suivante, une rencontre
avec des skins donne lieu à une course poursuite, relatée de manière
haletante sur Tribal poursuite, un titre sur lequel DJ Tren fait admirer tous ses talents tant le beat est réussi.
Pour vous donner un aperçu global du reste de l'album, sachez que les travers de l'Etat français sont mis à nu sur le titre
La France, ou que le titre qui donne son nom à l'album apporte un brin de mélancolie avec un refrain chanté.
Puis vient l'heure de La sentence, pour tous les hypocrites, tandis que Aketo et Tunisiano se livrent à un match de MC
qui se terminera par un match nul.
Reste à vous parler du titre Fait divers
qui, aux détours de quelques rimes, développe un discours politique en
incitant les fils d'immigrés à aller voter pour contrer le FN: "passez
à l'urne, afin qu'ils cessent de nous casser les burnes". L'album se
clôt sur une note positive avec un titre concernant les meufs puis une
constatation pour s'apercevoir qu'en fait, comparé à d'autres,
finalement On s'en sort bien.
Un très bon album de rap
français, qui marque le retour de groupes de qualité sur le devant de
la scène, après que celle-ci aie été occupée par des artistes solos
plus médiatiques.
|